A quels signes un chrétien vivant dans le monde peut-il reconnaître qu'il se trouverait à l'aise au sein de la famille dominicaine ?

Il y a des moments dans la vie où l'on se sent personnellement appelé à franchir une nouvelle étape.
Par exemple, on peut ressentir en soi le désir d'une prière personnelle plus régulière et plus exigeante :   Retire-toi dans ta chambre,  ferme la porte et prie ton Père qui est là, dans le secret (Mt 6,6).  Ou encore, on sent plus vivement que l'amour vient de Dieu : Quiconque aime est né de Dieu, car Dieu est Amour (1 Jn 4, 7-8). On devine que cela peut donner un sens nouveau à toute notre vie de laïc plongé dans le monde.
Ou bien encore on souhaite un nouveau départ de notre vie chrétienne. Sous une forme ou une autre, on se sent appelé à franchir un nouveau seuil  pour accéder à une « vie évangélique » c'est-à-dire, inspirée des valeurs de l'Evangile. C'est sans doute l'Esprit-Saint qui est à l'œuvre en nous dans ces occasions.
Et c'est alors que l'idée nous vient de rechercher et de rencontrer telle ou telle « famille spirituelle », à travers un ami, à travers un article... mais ce n'est jamais tout à fait par hasard.

Certains chrétiens sont plus sensibles que d'autres au contenu de la foi.
On ne peut pas dire n'importe quoi au nom de l'Evangile. Les mots du Credo ont un sens auquel il faut réfléchir. Dieu, le Dieu vivant d'Abraham, de Moïse, a parlé aux hommes. La Bible en est le témoignage toujours vivant. Le mystère de Jésus, c'est-à-dire de l'Incarnation du Fils de Dieu, la Sainte Trinité, l'Eglise et les sacrements, la vie dans l'Esprit... tout cela mérite d'être médité, approfondi pour que notre vie en soit imprégnée.

"L'étude n'est pas une activité (parmi d'autres) d'un dominicain, elle devrait entrer dans chaque aspect de notre vie.  Cela fait partie de la manière dont nous croissons dans l'amitié avec Dieu, nous réjouissons dans sa création, et prenons du plaisir en sa présence"  (T. Radcliffe).

La rencontre avec d'autres religions nous oblige à clarifier notre propre foi. Que répondre, quand on nous dit : « Dieu est le même pour tous. Toutes les religions se valent. » ? Quelle est l'originalité radicale du christianisme si ce n'est que nous découvrons Dieu, Trinité d'amour, dans les plus petits de nos frères, et que c'est encore Lui que nous sommes appelés à aimer à travers eux ?

Il y a des chrétiens qui ressentent, plus que d'autres, la nécessité d'écouter attentivement la Parole de Dieu, de réfléchir sur le contenu de la foi. Ils ont le goût de la Vérité, qui dépasse en profondeur ce que nous apportent les sentiments. Dans l'humilité, ce sont des chercheurs, ils étudient pour mieux comprendre, ils s'autorisent à penser, à innover, à entreprendre, ils cherchent une certaine « intelligence de la foi ». Cela correspond à un profil d'hommes et de femmes qui se trouveront à l'aise dans la famille de Saint Dominique.

Certains chrétiens se sentent  appelés à  vivre leur foi de diverses manières.
Soit par la prière : prière liturgique de louange et d'intercession, oraison, adoration du Saint- Sacrement. Ou bien ils se sentent appelés au témoignage silencieux de la charité.

"Etre prêcheur signifie que  chacun de nous est envoyé par Dieu à ceux que nous rencontrons… Parfois nous acceptons notre mission en demeurant là où nous sommes et en y étant une parole de vie"  (T. Radcliffe).

Et il y a certains chrétiens qui, sans négliger ces exigences évangéliques, se sentent appelés aussi au témoignage explicite de la foi, par exemple comme catéchistes ou pour accompagner des adultes qui demandent le baptême, ou encore à travers la presse ou les radios diocésaines. C'est leur façon de continuer aujourd'hui la Pentecôte, dans la grâce du sacrement de confirmation.

Ces chrétiens dans le monde sentent qu'ils doivent participer activement à l'évangélisation au sein de l'Eglise mais aussi « aux marges » là où l'Eglise est absente : Malheur à moi, si je n'annonce pas l'Evangile (1 Co 9,16). Ceci dans le plus grand respect de la liberté de ceux qui nous entourent.

Certains chrétiens désirent partager ce qui les fait vivre.
La foi chrétienne ne se vit pleinement qu'avec le soutien de frères et de sœurs, disciples du même Seigneur. A ceci, tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples : si vous avez de l'amour les uns pour les autres (Jn 13, 35). L'apostolat a besoin d'être soutenu par la vie fraternelle : on prie ensemble, on parle ensemble des questions que des croyants se posent aujourd'hui, on étudie ensemble la Bible et l'enseignement de l'Eglise, on s'informe les uns les autres sur les grands problèmes actuels, on partage les joies et les peines. Au fond, on ne fait jamais rien seul. Dominique, qui savait ce qu'il faisait, envoyait ses frères sur la route deux par deux. L'Eglise commence quand on est au moins deux.

Si vous ressentez le besoin d'une vie fraternelle, où chacun est accueilli avec respect, où l'on discute librement, où l'on décide ensemble, où toute responsabilité est vécue comme un service... Alors vous avez peut-être « l'esprit dominicain ».